Eloge de la singularité: Essai sur la modernité tardive écrit par Chantal Delsol

La modernité tardive, qui révoque en doute la plupart des vérités et croyances héritées du passé, s’attache à sauver une seule certitude : celle de la dignité de l’homme singulier, fondement des droits de l’homme. Pourtant, elle poursuit la dépersonnalisation qui se trouvait déjà à l’œuvre dans les idéologies précédentes. Cette contradiction est l’objet même de ce livre: pourrons-nous garantir longtemps la dignité personnelle sans protéger du même élan le sujet personne qui en constitue le support et la raison d’être? Le sujet personne est une entité singulière et insondable, pendant que nous le réduisons à ses collectifs identitaires. Il est responsable de son propre destin, pendant que notre indifférence éducative le prive de l’apprentissage à l’autonomie. Il se grandit par l’indépendance d’esprit, pendant que la société contemporaine le livre à l’opinion dominante. Il est engagé dans l’éthique par ses actes, pendant que la société spectaculaire promeut une éthique de l’intention, verbale et dérisoire. Il est habité à la fois par le bien et par le mal, pendant que nous continuons d’entretenir les tentations manichéennes. Il n’est ni réductible à sa biologie ce qu’indique l’idéologie de la santé, ni nourri par la seule matière - ce qu’indique la religion de l’économie. Il est doté d’un esprit singulier, exposé à la recherche spirituelle et à la quête d’éternité, alors qu’un nouveau panthéisme travaille à le dissoudre. Il ne suffit pas de clamer les droits de l’homme de façon incantatoire; faut-il encore savoir qui est cet homme à respecter.

Published in:Uncategorized |on juillet 23rd, 2011 |

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